Les Bois obscurs

de Kristel STERDENN.

 

          C'était au Guilvinec le 28 Mars 1988, Mathilda âgée de seize ans, grande, blonde aux yeux verts , était toujours gaie et gentille. Elle faisait de la danse depuis l'âge de six ans, puis rentrait souvent de son cours à vélo en passant par des chemins boisés. La jeune fille habitait dans une ferme isolée au milieu de la campagne. Mathilda se promenait ou, plutôt, sortait toujours à vélo.

          Son petit ami et elle se voyaient souvent à la fin des cours du lycée, puisque leurs parents travaillaient dans la même entreprise,  il allait  la chercher quelquefois à la danse pour la ramener chez elle. Ce garçon, qui s'appelait Matthieu, avait l' âge de Mathilda; de taille moyenne, les cheveux châtains clairs avec des yeux marrons, il portait des lunettes qui lui allaient bien. Il jouait au football, son sport favori, deux fois par semaine.

          Tous deux n'habitaient pas très loin l'un de l'autre, mais lui logeait plus au centre ville qu' à la campagne. Ils se rencontraient souvent au même endroit près du port du Guilvinec. Le soir, ils mangeaient ensemble, chez Mathilda ou chez Matthieu, puis, plus tard dans la soirée, ils allaient se promener.

          Mais depuis plusieurs jours, Mathilda rentrait de la danse et entendait des bruits qui la suivaient, elle avait peur, mais elle ne le montrait pas.

          Elle se décida à en parler à Matthieu qui, pour essayer de la rassurer lui expliqua: "Ce n'est que le bruit des arbres, des feuilles qui bougent". La jeune fille était persuadée d'avoir entendue une voiture. Mais il répliqua que ce n'était que des illusions. Alors elle l'écouta et se mit en tête cette version des faits.

          Le lendemain, Mathilda retourna à la danse, mais en rentrant, elle vit une voiture s'avancer vers elle et s'arrêter à sa hauteur. Terrifiée, elle s'arrêta pensant qu'il n'y avait pas de danger, mais l'homme la tira à l'intérieur du véhicule et  l'emmena dans les bois. Elle criait, se débattait, mais personne ne l'entendait, l'homme la viola et la tua par amour sexuel. Matthieu qui l' attendait depuis près d' une heure commença à s'inquiéter."Cette histoire de Mathilda au sujet de la voiture était peut-être vraie ", songea -t-il. Alors il appela la mère de Mathilda d' une cabine téléphonique, puis la police.

          Il commença les recherches  et la retrouva morte, étranglée dans un fossé entre la route et le bois. Matthieu s'en voulait de ne pas l'avoir crue . L'enquête se poursuivit, mais celui-ci et les parents de la jeune fille ne s'en remirent jamais.

          Deux mois passèrent, puis un jour la police téléphona à Matthieu pour lui dire que les recherches avaient abouti. Ca y est, ils  tenaient l'assassin ! Un des inspecteurs l'avait retrouvé grâce aux empreintes de ses mains sur la corde qui avait servi à ligoter  son amie. Le coupable était le professeur de danse de Mathilda.

          Il s'appelait Jean, un homme plutôt calme, aux yeux marrons, aux cheveux noirs mi-long,  avec un teint plus ou moins mat.

          En apprenant le nom du coupable, le garçon demeura interloqué: Jean connaissait aussi bien Matthieu que Mathilda. Lors de la confrontation  le jeune homme, étonné, lui demanda une explication. Jean aimait bien Mathilda, il ne savait pas bien la raison pour laquelle il l'avait violée, c'était sur un coup de tête, un coup de folie.

          Il fut condamné à six ans de prison, dont un an avec sursis. Matthieu disait que jamais il ne comprendrait comment un homme qu' il connaissait depuis longtemps avait pu faire une chose pareille.