Croyance

de Sophie FASTET.

 

          C’était en 1979,à cette époque j'avais 30 ans et j'étais inspecteur à Brest.

          Le jour de la saint Valentin, Anastasia,  qui était une jeune fille ravissante dont j'étais secrètement amoureux, m'avait invité le soir au restaurant du coin : "A la bonne bouffe". Elle voulait absolument me communiquer une information très importante. Nous nous connaissions depuis 10 ans, elle et moi, et nous avions l'habitude de nous rencontrer à une bonne table.

          Lorsqu'elle entra dans la salle, elle fit sensation. Elle était perchée sur des chaussures à talon hautes de 10 centimètres, et son corps était mis en valeur par une robe de soirée rouge sur laquelle coulaient ses longs cheveux noirs.

          Nous étions en train de discuter et j'étais sous le charme de  ses magnifiques grands yeux verts quand, tout à coup, elle se leva brusquement, posa une lettre parfumée sur la table et  partit  l'air effrayé. Je respirai l'odeur du parfum "Aime-moi". J'ouvris la lettre avec délicatesse et la lus :

"Mon amour, je suis désolée de te quitter maintenant mais j'ai quelques soucis perso alors rendez-vous dans ma piscine privée au coucher du soleil. Bye ! "

          Je suis arrivé là-bas pile poil à l'heure mais, trop tard. Je l'aperçus  étalée au bord de sa piscine. Ses cheveux noir corbeau coupés de manière horrible et grotesque, puis répartis dans les quatre coins de la piscine. Ses grands yeux verts écarquillés et son teint blafard me firent peur. Je me précipitai vers sa chambre qui me parut intuitivement un bon endroit pour trouver quelques indices : je fouillai ses armoires,  les tiroirs, son bureau mais rien à faire ! Quand j’entrevis sous son lit des feuilles volantes, je m’approchai, et découvris que c'était des déclarations d'amour anonymes auxquelles des cheveux noirs crépus étaient scotchés.

           Je m'empressai de faire  examiner les lettres. Les experts découvrirent des empreintes sur les extrémités du papier et les identifièrent comme celles d’un homme qui avait déjà un casier judiciaire. 

          Je décidai de me rendre au restaurant "A la bonne bouffe", là où elle m'avait donné son premier rendez-vous, car j'avais du mal à comprendre pourquoi Anastasia avait absolument voulu me voir et pourquoi dans sa lettre elle m'avait écrit qu’elle avait des problèmes "personnels ".

          Arrivé au resto, je demandai au propriétaire si les derniers jours il n’avait pas vu une belle brune avec des cheveux longs. Il réfléchit pendant un instant et me dit qu'il avait  effectivement remarqué une jeune femme apeurée  ajoutant qu'elle semblait constamment sur le qui-vive et que par deux fois , elle était partie en courant.. Je le remerciai et m'en allai.

          Soudain, dans la rue, je vis un homme qui ressemblait fortement au portrait-robot du suspect que l'on m'avait montré, mais je n'avais pas assez de preuves pour l'arrêter. Je devais approfondir l'enquête.

          Bien que j'eusse découvert les problèmes personnels d'Anastasia, je devais savoir pourquoi "il " avait coupé ses cheveux et les avait disposés dans les quatre coins de la piscine. Je filai à la bibliothèque pour trouver des renseignements sur les croyances ou les malédictions. Après une nuit entière de recherche , je finis par découvrir que c'était une vieille croyance africaine.

          Deux jours après, je retournai chez elle. Juste à côté de la porte d'entrée, je vis l'homme en question et remarquai qu'il avait la peau d'un métissé, il s'était fait des rastas, il avait sûrement des origines africaines. Il me suivit jusqu'à la piscine d'où montait une odeur qui me semblait familière .Tout à coup, il essaya de me jeter dans l'eau, mais j'avais pensé à prévenir  les policiers ,car j'avais prévu le coup : dans les croyances africaines, le meurtrier revient toujours sur le lieu du crime, pour essayer de tuer un proche de la victime, afin d'éloigner de lui les forces maléfiques.

          Il fut arrêté, jugé coupable sans difficultés et mis en prison après avoir avoué pourquoi il avait tué Anastasia : il était jaloux de mon amour pour elle.