Couteau à double tranchant

de Gary BROSSMANN.

 

          Trois sonneries interminables puis une voix disant: "vous avez demandé la police, ne quittez pas" Philippe Goascoz, un grand blond aux yeux bleus, attendait cramponné au téléphone …

          - Gendarmerie de Pont-L'Abbé, bonjour.

          - Allô, allô ? Mon associé, Gérard Lambert, vient de recevoir un coup de couteau en pleine poitrine! Venez vite!

          - Calmez vous monsieur, où êtes-vous ?

          - A l’usine Furic au Guilvinec.

          - Surtout ne touchez à rien, on arrive…

          Dix minutes plus tard, le S.A.M.U averti par la "codis" (centrale des appels urgents), suivie d’une Clio de la gendarmerie du Guilvinec et du fourgon de Pont-L'Abbé sont arrivés sur les lieux. Tandis que M. Goascoz les accueillait, un agent lui demanda de l’amener à la réserve. Philippe, encore sous le choc, le conduisit sur le lieu du crime. Le corps se trouvait affalé au milieu des caisses de sardines et les mouches tournoyaient autour de son corps.

          Deux jours plus tard des gendarmes vinrent au domicile de M. Goascoz et l’interrogèrent sur la vie de M. Lambert, père d’une famille de deux enfants, et sur son travail.

          Il affirma que le deux mai, il avait vu un homme avec une Laguna noir métal, et un costume gris arriver sur les quais.

          Les gendarmes trouvèrent l’arme du crime: Un couteau de survie uniquement disponible à l’armée. 

          Le numéro de série gravé sur la lame permit de trouver un certain M. Laurent Colnn, un homme d’une cinquantaine d’années, borgne, propriétaire depuis peu du bar "A l’escale des pêcheurs" à Lesconil et qui  reconnut posséder un couteau de survie que son fils militaire lui avait ramené des Balkans. En outre, sa  voiture était la même que celle décrite par M.Goascoz.

          Ils interrogèrent plus tard une barmaid qui leur avoua que M. Colnn aurait eu une drôle d’histoire de détournement de fonds avec Furic et qu’il se serait absenté le jour du meurtre  avec son véhicule privé. L'heure donnée correspondait exactement à celle du crime.

          En poussant un peu plus les recherches, les enquêteurs trouvèrent ses empreintes digitales sur une caisse de criée qui était dans l’entrepôt où s‘était déroulé le meurtre.

          Lors d'un second interrogatoire à la gendarmerie de Pont-L'Abbé, M.Colnn avoua la présence d'un complice, M. Le Dréau, surnommé le "Hibou", qui aurait espionné M. Lambert, pendant une quinzaine de jours.

          Trois jours plus tard, un courrier du tribunal de Quimper fut envoyé avec accusé de réception à M. Laurent Colnn et M. Richard Le Dréau, les convoquant le treize juin pour leur procès.

          Le jour de l'audience, aux Assises, le juge Legarce, condamna M.Colnn à quinze ans de réclusion criminelle pour homicide volontaire et M. Le Dréau à cinq ans de prison dont deux ans de sursis pour complicité de meurtre.