Récits de vie                                    La petite bonne
L'école
Récit de Romain
Récit de David
Récit de Cédric

L'usine
Récit de Emilie
Récit de Jérémy
Récit de Emilie D.
Récit de Anna-Noëlle

La guerre
Récit de Tony
Récit de Karine
Récit de Jessica
Récit de Delphine
Récit de Julie
Récit de Jérémy

La pêche
Récit de Anthony
Récit de Steeven
Récit de Gaël

Le menuisier
Récit de Jérémy

Le service militaire
Récit de Frédéric

La petite bonne
Récit de Lenaïg

 

     A quatorze ans, mon père m'a envoyée à Pont L'Abbé chez Rio, une famille bourgeoise, pour m'occuper des travaux ménagers et garder leurs enfants.

     Je me souviens qu'il m'avait réveillée à 5 heures du matin, car je devais être chez eux pour 9 heures. J'avais déjà préparé mes affaires la veille. On s'est installés dans la cuisine pour manger notre quignon de pain et notre bol de café quotidien. Je me souviens encore de son regard, je savais sans qu'il me le dise, qu'il était triste de perdre sa dernière fille. Il m'avait dit que si ça n'avait tenu qu'à lui, je serais restée à la ferme, mais nos misérables revenus ne suffisaient plus à couvrir nos frais. Mon père était un homme formidable. Depuis la mort de ma mère, il avait élevé ses enfants tout seul .

     Nous avons donc pris la route à 6 heures. On a marché de Plomelin à Pont -L'Abbé, à l'époque il n'y avait pas autant de voitures que maintenant, sinon nous aurions fait de l'auto-stop. La route était à nous seuls. Sur le chemin mon père me rappelait comment me tenir pour que tout se passe bien, je me souviens encore de ses paroles : "Ecoute- moi bien Marie-Louise. Si un jour en faisant le ménage tu vois de l'argent ou quelque chose qui aurait de la valeur, ne le prends surtout pas, car c'est peut-être les patrons qui auront mis ça là, pour vérifier que tu n'es pas une voleuse. "Il avait de sages paroles mon père.

     Quand on est arrivé devant chez les Rio, il m'a prise dans ses bras et il m'a dit : " Allez ! vas- y maintenant, il ne faudrait pas que tu sois en retard le premier jour. " Il est parti et ne s'est pas retourné une seule fois. Qu'est- ce que je l'aimais mon père et voilà qu'on me l'enlevait !

     Après tout ça, je suis restée deux ans chez la famille Rio, mais ils étaient méchants avec moi. J'ai donc décidé de retourner à la ferme. Et tu vois ma fille, aujourd'hui, je suis encore en vie, je me porte à merveille et je touche du bois pour que ça continue.

LENAIG

  haut de page