Récits de vie                                  Le service militaire
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     Des siècles s'écoulaient.

     Des générations passaient pour ne plus jamais revenir.

     Le monde n'avançait plus. Non, une minute venait de s'écouler.

     Assis là, sur le sable, j'écoutais le bruit des vagues recouvrant la plage tel les nuages recouvrant le ciel. Tout allait bien lorsque j'entendis des murmures au vent. Ces murmures, je les entends parfois lorsque je suis seul face au soleil, morcelé, dès que vient le crépuscule. Ils me font penser à des plaintes que je percevais de mes camarades lors des missions dans le désert pendant la guerre d'Algérie. Le vent empli de sable venait fouetter la figure de l'infanterie mobile et les entraînait au bord de l'étouffement. La chaleur, elle aussi, était à peine supportable sous les uniformes et sous le poids des armes que l'on devait porter. Oui, la rancoeur des jeunes à Auhan lors de la préparation militaire supérieure. Pendant quatre longs mois, ces bleus devaient faire toute sorte d'exercices qui épuisaient le corps et l'esprit rien qu'en les regardant.

     Lorsque ce fut fini, je suis parti à Kemshem, au deuxième chasseurs d'Afrique, et à Constantine, à la frontière algéro-tunisienne. Les nuits glacées et les journées écrasantes de chaleur nous demeuraient insupportables. En tout, j'ai du perdre dix kilos. Comme moi, certains écrivaient à leur femme, leur fiancée ou leur famille. Ceux qui ne savaient pas écrire dictaient à un camarade leurs sentiments sur un papier de l'armée. Ces moments de repos étaient rares, très rares.

     On se déplaça encore une fois. Direction: la frontière algéro-marocaine. Les pires déserts nous attendaient. Seuls survivaient les lézards et les scorpions. Selon la coutume, chaque soldat devait attraper un lézard par la queue, celle-ci se détachait du reste de l'animal, et l'accrocher à sa ceinture. C'était un genre de "gri-gri". Lorsque j'appris que j'étais libéré, je me suis précipité dans un endroit calme pour faire le point sur cette expérience. Le soleil, morcelé par le crépuscule, n'a jamais été aussi beau que ce jour-là. Depuis, plus rien n'a été aussi enrichissant que mon service en Algérie. J'ai conservé ma queue de lézard et tous les souvenirs qui vont avec elle...

     J'écoutais le bruit des vagues recouvrant la plage tel les nuages recouvrant le ciel. Tout allait bien lorsque j'entendis des murmures au vent...

FREDERIC

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