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     Il est treize heures ; je regarde comme d'habitude, le journal télévisé. Il parle de la guerre au Kosovo. En regardant ces images, c'est comme si des flashes apparaissaient un à un, sortant tout droit de ma mémoire. Je me remémore la vie dans les tranchées, pendant la guerre déclarée en 1939 jusqu'à 1945.

     Je me rappelle un jour, je revenais de mon bateau ; lorsque ma mère m'a annoncé que j'étais appelé sous les drapeaux. Nous sommes en septembre 1939, j'ai vingt ans et cela fait un an que j'ai fait mon service, qui a d'ailleurs duré deux ans et demi. Ma mère me regarde d'un visage craintif, elle a peur que je ne revienne pas. Je prends donc le train pour rejoindre Brest, le surlendemain ; il y a vraiment beaucoup de monde. Une semaine plus tard, les soutiens de familles sont mobilisés, il faut que je reparte avec ma famille, afin de les aider. Cela va durer six mois ; je vais revivre une vie civile ; mais en juin, je suis rappelé. Après avoir aidé ma mère et mes six sœurs, je me suis fait rembarquer sur "le Georget", le bateau qui me transportait quand la guerre a été déclarée, je suis parti peu après pour l'Angleterre. Mais voilà, un obus allemand nous a touchés, il y a eu plusieurs blessés. Nous avons été hospitalisés pendant deux mois en Grande Bretagne.

     Au moment où je me suis réveillé, il y avait des malades, des amputés, bref c'était atroce !

     Quelques jours après mon arrivée, j'ai ressenti un sentiment de soulagement, car à ce moment-là je pensais que pour moi la guerre était terminée, du moins dans les tranchées. Une dizaine de jours plus tard, on me rappelle. Je suis donc monté à bord de la "Capricieuse".

     C'est aujourd'hui que je pense qu'il n'y avait pas assez de soldats, mais d'un côté tant mieux ! Je fis des dizaines d'allers et retours pour envoyer des convois entre Bordeaux et Casablanca. Jusqu'au matin où on nous a descendus du bateau. Aucun de nous, à part le commandant, ne savait la destination, nous avons marché deux jours et la première plaque que nous avons vu, était celle de Saint-Quentin. C'est alors que nous nous sommes dit que "nous étions bons pour la boucherie ". Nous sommes partis pour Strasbourg, dans le premier bataillon, celui-ci a été divisé en deux. Moi je suis parti pour la défense littorale et d'autres pour le front. On ressentait une tristesse envers les autres car on savait que beaucoup ne reverraient pas leur famille.

     En 1950, je suis reparti à Dunkerque. En passant, je me souvins que, six ans auparavant, Dunkerque était une ville tirée d'un livre d'épouvante ! Dunkerque était rasé, il n'y avait plus rien. A la fin d'avril l'école Jeanne d'Arc, au bord du canal avait été évacuée pour mettre des soldats à l'intérieur. Cette école a eu de la chance car d'autres écoles avaient des souterrains et les enfants ainsi que les instituteurs s'étaient réfugiés dans les sous -sol et étaient étouffés à cause des fumées. Sur les routes, il y avait beaucoup de morts !

     Désormais, je pense toujours que les guerres ne servent à rien, on lance des boulets de canon, on gâche des vies pour rien, juste pour avoir un bout de terrain en plus.

     Maintenant, lorsque je ressors mes uniformes et mes papiers d'identité, je ressens une image d'horreur gravée à jamais dans ma tête. Mais ce que je regrette le plus, dans cette guerre, c'est qu'elle m'a pris mes deux fils !

JESSICA

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